Péninsule antarctique (2023)
Bonjour à toustes !
Aujourd’hui, laissez-moi vous présenter cet article publié récemment dans le magazine Nature, par une équipe de recherche internationale, s’intéresse à la situation climatique en Antarctique et à son évolution future : Emerging evidence of abrupt changes in the Antarctic environment (Abram et al., 2025).
Dans ce papier, les scientifiques documentent plusieurs modifications majeures ayant lieu en Antarctique depuis plusieurs années. Ils précisent aussi comment ces changements, liés, abrupts et parfois autoentretenus, soulèvent de nombreuses inquiétudes quant à l’évolution du continent.
On entre dans le détail ?
🐧 Déclin de la banquise. Le constat est clair. La banquise est en déclin depuis 2014 et sa dynamique se situe bien en dessous de la variabilité naturelle. Son déclin est 4,4 fois plus marqué qu’en Arctique.
Evolution de l'étendue de banquise antarctique (Abram et al., 2025)
🌊 Modification de la circulation thermohaline. C’est une conséquence, entre autres, de l’évolution de la banquise. La formation d’eau froide en profondeur est grandement liée à l’état de la banquise. Les scientifiques ont ainsi évalué à de 30 % la diminution du transport d’eau depuis les années 1990.
❄️ Retrait des calottes. On sait que l’Antarctique de l’Ouest est la région la plus vulnérable de la calotte polaire, sujette à des effets de seuils et des points de bascule climatique. Les scientifiques pensent qu’à +2°C de réchauffement, on pourrait déclencher un effondrement de cette partie de l’Antarctique. Or, les archives climatiques montrent que, par le passé, pour seulement 1°C de réchauffement, de larges zones de l’Antarctique de l’Ouest étaient déjà déglacées. Cela pose de réelles inquiétudes par rapport à son évolution future.
🧊 Déstabilisation des plateformes flottantes. Ces plateformes sont formées par les glaciers qui atteignent l’océan et se mettent à flotter, tout en restant attachés au continent. Elles jouent un rôle important de stabilisation de la calotte. Le problème, c’est qu’elles sont de plus en plus fragilisées, particulièrement par le réchauffement de l’océan.
⛓️Une étude récente publiée dans Nature par une équipe de recherche française (Burgard et al., 2025) s’intéresse justement à ce sujet. Plus spécifiquement, elle se demande à quel niveau de réchauffement les plateformes ne pourront plus maintenir leur intégrité. Dans leurs conclusions, les scientifiques indiquent qu’en se maintenant sous 2°C de réchauffement, seule une des 64 plateformes étudiées risque de disparaître d’ici à 2300. Au-delà de 4,5°, en revanche, de nombreuses plateformes pourraient entrer dans un régime instable.
Fragilité des plateformes flottantes en fonction des émissions de GES (Burgard et al., 2025)
🫗Une conséquence directe de ce phénomène a été également rappelée il y a quelques jours, dans un article publié dans Nature Geoscience (Ochwat et al., 2025), par une équipe américaine. Ces scientifiques se sont intéressés à un glacier situé en péninsule Antarctique, le glacier Hektoria. Pour se remettre dans le contexte, sachez que ce glacier alimentait, jusque dans les années 2000, une plateforme de glace appelée Larsen B. Cette plateforme s’est brisée en mars 2002. En conséquence, les glaciers qui l’alimentaient se sont mis à déverser leur glace plus rapidement. Une couche de banquise côtière s’était mise en place par la suite, permettant de retenir l’écoulement de ce glacier. Mais celle-ci a rompu à son tour en 2022 et le glacier a reculé de 25km entre 2022 et 2023, contribuant ainsi directement à l’augmentation du niveau de la mer.
Glacier Hektoria, péninsule Antarctique, en 2022 (à gauche) et 2023 (à droite). (Copernicus, ESA)
🚨 Un point capital réside dans le fait que tous ces changements interagissent les uns avec les autres et s’auto-alimentent : par exemple, le ralentissement de la circulation océanique entraîne une augmentation du transport d’eau chaude vers les plateformes, accélérant leur fonte et ajoutant de l’eau douce, laquelle inhibe en retour la circulation océanique. C’est ce qui explique pourquoi ces questions sont si essentielles. Mais malgré les incertitudes, les faits sont là.
🌡️Et les auteurs concluent qu’il est essentiel de stabiliser le climat, en plus de mesures d’adaptation globales, pour minimiser les conséquences des changements en Antarctique. Avec des réductions dans les émissions de CO₂, de nombreux changements pourraient encore être évités.
🇪🇺 À ce sujet, avez-vous entendu parler du vote, en Commission européenne, du paquet omnibus. C’est un paquet de lois qui démolit le devoir de vigilance des entreprises en termes de droits environnementaux et sociaux, et qui porte un coup sévère au Pacte vert européen.
Plusieurs scientifiques et ONG ont alerté récemment, notamment @Bloom Association, au sujet des risques liés à ces votes. Et bien, ce paquet a été voté, il y a quelques jours, par une alliance de députés de droite conservatrice et d’extrême droite, le tout, au service de lobbys tout puissants. C’est une très mauvaise nouvelle pour les politiques climatiques européennes et, surtout, une très mauvaise nouvelle pour nos démocraties, puisque, pour la première fois, le cordon sanitaire a été rompu. Insistons encore une fois sur le fait que ces partis politiques ne votent pas les résolutions qui permettraient de combattre le changement climatique. Ils détruisent, ce faisant, les projets qui pourraient améliorer les conditions de vie sur cette planète, pour tous. (Voir cet article d’Anna Moreau sur BonPote)
⌛ À l’heure où le gouvernement français accrédite Total Energies pour la COP 30, il est temps de rappeler que les indicateurs climatiques sont dans le noir.
Et il est temps d’attribuer les responsabilités.
Sources :
Abram, N.J., Purich, A., England, M.H. et al. Emerging evidence of abrupt changes in the Antarctic environment. Nature 644, 621–633 (2025). https://doi.org/10.1038/s41586-025-09349-5
Burgard, C., Jourdain, N.C., Mosbeux, C. et al. Ocean warming threatens the viability of 60% of Antarctic ice shelves. Nature 647, 102–108 (2025). https://doi.org/10.1038/s41586-025-09657-w
Ochwat, N., Scambos, T., Anderson, R.S. et al. Record grounded glacier retreat caused by an ice plain calving process. Nat. Geosci. 18, 1117–1124 (2025). https://doi.org/10.1038/s41561-025-01802-4

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