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Quand le sud sent le chaud.

Iceberg échoué en antarctique

Bon, soyons honnêtes. Entre les guerres, les ingérences étrangères dans les élections et le prix du baril, on a un peu arrêté de parler de climat. Ceux qui s’y intéressent se comptent d’ailleurs sur les doigts de quelques petites mains (merci à eux !), et j’ai bien l’impression qu’ils sont de moins en moins nombreux chaque jour.

 

Alors, pendant que TotalEnergies échange des projets d’éoliennes offshore contre de gros investissements dans le pétrole, je vous propose de filer loin dans le sud, afin de faire un point sur la situation, là-bas.

 

Pour cela, je vous propose deux actualités relativement liées.

 

La première, c’est un article publié en décembre dernier, par une équipe internationale. L’étude concerne un glacier spécifique de la Péninsule Antarctique, le glacier Hektoria.

 

J’ai déjà eu l’occasion de parler de ce glacier il y a deux ans puisqu’il fait partie d’un groupe de plusieurs glaciers alimentant une ancienne plateforme flottante, la plateforme du Larsen B, située à l’est de la Péninsule et qui s’est effondrée en 2002.

 

Pour ceux qui suivent un peu mes actus, c’est d’ailleurs sur cette plateforme que se déroule une partie de mon roman Là où naissent les glaces, plateforme justement nommée par l’expédition antarctique suédoise de 1901-1903.

 

Bref.

 

Après la destruction de cette plateforme, les scientifiques avaient observé une accélération importante du débit des glaciers situés en amont. Certaines vitesses avaient été multipliées par six. Tout cela parce que la glace n’était plus « retenue » par la plateforme, et avait pu s’écouler très librement.

Evolution du glacier Hektoria (Ochwat et al., 2025)

Le truc, c’est qu’il y a eu plein d’effets en cascade. Car s’accélérant, le glacier s’est mécaniquement étiré. Sa partie terminale s’est amincie. Et en s’amincissant, ce glacier, qui était posé sur un socle rocheux relativement plat, s’est mis à flotter. Plutôt intuitif, non ? Or, si le glacier se met à flotter, cela signifie que le dernier point de contact entre la glace et la roche (la ligne d’échouage) recule. Conclusion : de l’eau de mer a pu se faufiler loin sous la glace, fragiliser le glacier par en dessous et le détruire.

 

Ce que nous apprend l’article en question, c’est que ce phénomène s’est justement produit sur le glacier Hektoria, entre 2022 et 2023, avec une ampleur inédite. En 2 mois, le glacier a reculé de près de 8 kilomètres. Soit un retrait total de 25km en 12 mois. Les chercheurs concluent que le retrait a été principalement dicté par la forme du socle rocheux. Le phénomène n’est pas nouveau en soi, mais ses chiffres le sont.

Evolution des lignes d'échouage autour de l'Antarctique, depuis 30ans. (source : ESA, Rignot et al., 2026)

La deuxième actualité est un article publié dans PNAS par une vingtaine de chercheurs, il y a un mois. On y apprend que la glace située autour des lignes d’échouage en Antarctique, si elle a été plutôt stable au cours des trois dernières décennies, a toutefois largement reculé sur près d’un quart des côtes Antarctiques. Et que ce recul a pu atteindre jusqu’à 40km à l’intérieur des terres (en trente ans, donc). Le comportement d’Hektoria est donc loin d’être marginal.

Retrait pour deux glaciers majeurs (Pine Island et Thwaites, Antarctique de l'Ouest). (source : ESA, Rignot et al., 2026)

Outre les chiffres impressionnants (au total, c’est une superficie de glace équivalente à la moitié de la Belgique qui est partie dans l’océan), les conclusions indiquent que ce phénomène est encore exacerbé dans des régions où la glace est en contact avec des courants marins « chaud ». Tout réchauffement supplémentaire pourrait encore accélérer le phénomène.

 

Pendant ce temps, en France, le Haut Conseil pour le Climat vient de publier son avis sur le projet de la SNBC 3 (la stratégie nationale bas carbone, qui doit aiguiller le gouvernement sur les mesures d’atténuation et d’adaptation). Faisons simple : s’il salue « les avancées du projet », il souligne aussi « la nécessité d’une mise en œuvre rapide des programmations, des outils contractuels et des financements. »

 

Alors, voilà.

D’un côté, tout le monde sait ce qui doit être fait. Les citoyens, dans leur immense majorité, sont prêts à accueillir ces changements !

D’un autre, Mediapart nous apprend que 12 députés, 6 sénateurs et 3 ministres sont actionnaires de TotalEnergies.

La question étant : le sont-ils pour les éoliennes offshore ou pour le pétrole ?


Sources :

 

https://www.mediapart.fr/journal/france/130323/douze-deputes-six-senateurs-et-trois-ministres-sont-actionnaires-de-totalenergies#paywall-anchor?userid=632305ef-e461-4cc8-88f5-33ee412c5c20

 

https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2026/03/HCC_2026_Avis-SNBC-3_web.pdf

 

Naomi Ochwat, Ted Scambos, Robert S. Anderson, J. Paul Winberry, Adrian Luckman, Etienne Berthier, Maud Bernat, Yulia K. Antropova. Record grounded glacier retreat caused by an ice plain calving process. Nature Geoscience, 2025; 18 (11): 1117 DOI: 10.1038/s41561-025-01802-4

 

E. Rignot,B. Scheuchl,J.B. Barre,V. Brancato,L. Charrier,H. Chen,E. Ciraci,A. Dinh,S. Herreid,S. Jeong,X. Li,T. Mitchell,Y. Mohajerani,S. Shamsian,V. Tolpekin,I. Velicogna, & M. Wollersheim,  Thirty years of glacier grounding line retreat in Antarctica, Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A. 123 (10) e2524380123, https://doi.org/10.1073/pnas.2524380123 (2026).


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